Démence : pourquoi les personnes cachent-elles de l’argent ?

Trois enveloppes remplies de billets, un carnet de chèques oublié dans la boîte à couture, des pièces cachées dans les poches d’un manteau ressorti du placard : loin d’être de simples anecdotes, ces trouvailles racontent une réalité fréquente chez les personnes âgées. La tentation de réduire ces comportements à une méfiance envers l’entourage ou à une stratégie volontaire de dissimulation fausse la lecture de ce phénomène. Même dans des familles soudées, où l’organisation financière ne pose pas de difficulté, ces cachettes surgissent, bousculant toutes les certitudes.

Ce geste, presque anodin en apparence, intrigue de plus en plus les professionnels. Ils y voient souvent un indice discret, le signe avant-coureur d’un trouble qui s’installe sans bruit. Peu d’aidants repèrent d’emblée ce changement : ce n’est qu’au détour d’une pièce retrouvée au fond d’un tiroir ou d’un paiement oublié que la question surgit. Face à ce bouleversement du quotidien, la gestion de l’argent prend une dimension nouvelle, et c’est tout l’équilibre familial qui se trouve questionné.

Comprendre les comportements financiers atypiques chez les personnes atteintes de démence

Certains gestes, inexplicables au premier abord, déstabilisent l’entourage et méritent d’être détaillés :

  • billets glissés dans une boîte à biscuits,
  • carnets de chèques dissimulés derrière des livres,
  • économies placées sous l’oreiller.

Ces habitudes inhabituelles autour de l’argent ne naissent pas du hasard. Elles révèlent comment la démence, sous toutes ses formes, s’immisce dans la vie quotidienne, modifiant en profondeur la relation au patrimoine.

Lorsque la mémoire vacille, la gestion des finances devient un défi. La maladie d’Alzheimer, la démence à corps de Lewy ou la démence fronto-temporale désorganisent la capacité à traiter l’information, à anticiper les conséquences d’un geste, à faire confiance. Ce qui semblait simple, ranger une carte bleue, déposer un chèque, demande soudain une énergie considérable, alimentant l’angoisse à chaque étape.

La France vieillit : chaque année, de nouvelles familles découvrent combien ces gestes ne relèvent ni d’un caprice, ni d’un choix délibéré. Ils trahissent la volonté de préserver, coûte que coûte, une part de contrôle, même lorsque la logique s’effrite.

Quelques tendances émergent alors :

  • oublier l’endroit où l’argent a été caché,
  • multiplier les cachettes dans la maison,
  • verrouiller l’accès aux comptes, parfois même pour les personnes habituellement de confiance.

Le cerveau touché par la démence ne distingue plus la sécurité d’un placement bancaire de celle d’un tiroir fermé. Dès les premiers symptômes, cette confusion financière devient un défi quotidien pour les aidants. La question n’est pas de douter du proche, mais de repenser collectivement l’accès aux ressources. Pour ceux qui accompagnent un parent atteint de la maladie d’Alzheimer ou d’une démence à corps de Lewy, il s’agit bien plus d’adaptation que de suspicion.

Pourquoi cacher de l’argent ? Entre peur, confusion et recherche de contrôle

Face à ces cachettes, la logique semble s’effacer. Pourtant, ces gestes, déroutants pour l’entourage, sont le reflet d’un désarroi intérieur. La démence bouleverse la perception du monde : l’inquiétude s’installe, la peur de manquer guette, tout comme celle de perdre un dernier reste d’indépendance. Dissimuler quelques billets devient alors une réponse instinctive, un moyen de garder prise sur son univers.

Le trouble s’empare de la mémoire : où a-t-on rangé le portefeuille ? A-t-on réglé la facture ? Les circuits neuronaux des lobes frontaux et temporaux se dérèglent, rendant abstraite la notion de sécurité bancaire. Garder de l’argent « sous la main » rassure là où la confiance envers les institutions, ou même les proches, s’effrite sous l’effet de la maladie. Parfois, des gestes obsessionnels apparaissent, la répétition des cachettes devenant un rituel.

Ranger, cacher, déplacer : ces comportements ne sont ni anecdotiques, ni exceptionnels. Ils expriment le besoin de s’accrocher à la maîtrise de son quotidien, alors même que la réalité s’échappe. La notion de propriété, de confiance, de sécurité, tout se transforme sous l’effet de la maladie.

Voici ce qui se joue dans ces attitudes :

  • tentative de garder la main face à la perte d’autonomie,
  • peur d’être spolié ou manipulé,
  • désorientation sur les lieux de rangement habituels.

Nombre de familles y voient des signes de méfiance, parfois même des reproches : en réalité, ce sont des appels silencieux à l’aide. La personne tente de sauvegarder un peu d’indépendance, même si tout vacille autour d’elle.

Reconnaître les signes d’alerte : quand l’attitude face à l’argent change

Un billet oublié dans une poche, des pièces retrouvées dans les coussins, un chéquier caché parmi les romans : ces trouvailles interpellent. Elles signalent, bien souvent, un glissement dans la gestion de l’argent. Observer ces détails, c’est déjà commencer à comprendre.

Les erreurs de paiement, les factures égarées, les doubles règlements se multiplient : autant de signes que les fonctions cognitives vacillent. Ouvrir de nouveaux comptes sans raison, retirer des sommes importantes, céder à des sollicitations inconnues, tout cela traduit une fragilité nouvelle dans la prise de décision. Ces signaux, d’abord ténus, finissent par s’accumuler, parfois accompagnés d’une défiance inhabituelle envers la famille.

Parmi les indices à surveiller :

  • transactions bancaires répétées ou inexpliquées,
  • disparition régulière de cartes ou de portefeuilles,
  • refus soudain d’utiliser les services bancaires habituels,
  • accusations de vol sans fondement.

Ces évolutions du comportement, fruits d’une altération des circuits du cerveau, touchent aussi bien la maladie d’Alzheimer que la démence à corps de Lewy ou la démence fronto-temporale. Repérer ces signaux, c’est ouvrir la voie à un diagnostic plus précoce. Pour l’entourage, la vigilance permet de limiter les conséquences de ces dérives : pertes d’argent, dettes, ou même escroqueries. Un examen clinique adapté et l’accompagnement de professionnels permettent de sécuriser à temps la situation du proche.

Homme âgé rangeant des billets derrière des livres dans le salon

Conseils pratiques pour accompagner un proche et préserver sa sécurité financière

Sur le terrain, protéger la sécurité financière d’une personne atteinte de démence, c’est d’abord créer un climat de confiance et d’écoute. La transparence, la patience et la pédagogie tiennent une place centrale. Même lorsque la confusion s’installe, préserver le sentiment de contrôle du proche fait toute la différence.

Un suivi précis des comptes et des dépenses permet d’anticiper les oublis ou les gestes impulsifs. Privilégier des relevés simples, limiter les moyens de paiement, accompagner le proche dans ses démarches, tout cela contribue à prévenir les risques. Ce travail d’équipe, entre famille et soignants, aide à repérer rapidement les anomalies : paiements inhabituels, retraits répétitifs ou virements surprenants.

Voici quelques pistes concrètes pour renforcer la sécurité :

  • mettre en place une procuration bancaire restreinte ou envisager, si besoin, une mesure de protection juridique adaptée (sauvegarde de justice, curatelle, tutelle),
  • ranger les objets de valeur et l’argent liquide dans un endroit sûr, connu de tous les aidants,
  • rencontrer le conseiller bancaire pour signaler la situation et demander des solutions personnalisées.

L’avis d’un médecin, à travers un examen clinique ou un test neuropsychologique, guide la prise de décision. La collaboration de la famille, de l’équipe soignante et d’experts du droit tisse un filet de sécurité autour du patrimoine du proche. Pour les personnes touchées par la démence, chaque petite victoire dans la gestion quotidienne de l’argent compte. Conserver des repères stables, offrir une écoute attentive et éviter tout jugement : c’est là, souvent, que s’ancre la véritable protection.

Au fil des jours, ces gestes d’attention dessinent une forme de résistance face à la maladie. Une main tendue, un œil vigilant et un dialogue toujours ouvert : voilà ce qui fait la différence, bien au-delà des cachettes et des billets oubliés.

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