Depuis 1987, les pensions de base du régime général suivent l’évolution des prix à la consommation, mais une exception s’est glissée dans la mécanique : le gouvernement peut suspendre ou limiter cette indexation pour des raisons budgétaires. En 2023, la revalorisation des retraites de base est restée en deçà de l’inflation constatée sur l’année précédente.
À l’horizon 2026, plusieurs pistes de réforme sont à l’étude pour ajuster le mode de calcul et mieux protéger le pouvoir d’achat des retraités. La Cour des comptes alerte sur l’équilibre financier tandis que les partenaires sociaux s’inquiètent d’un éventuel décrochage durable avec l’évolution des prix.
Indexation des retraites : pourquoi ce sujet revient sur le devant de la scène
Le budget de l’État pour 2026 se dessine sous la contrainte : il faut trouver 40 milliards d’euros d’économies. Dans ce contexte, la question de l’indexation des retraites sur l’inflation refait surface et s’impose dans les discussions politiques et sociales. Ce sont 17 millions de retraités qui pourraient voir leur situation évoluer, alors que la tentation de freiner l’augmentation des pensions revient dans les coulisses du pouvoir.
Quelques chiffres donnent la mesure de l’enjeu : limiter la hausse des pensions à un point sous l’inflation permettrait d’économiser 2,9 milliards d’euros dès 2025. Ajoutez à cela la suppression de l’abattement fiscal de 10 % sur les pensions, évoquée pour rapporter 4,5 milliards d’euros, et la note grimpe vite. La Cour des comptes, sous la présidence de Pierre Moscovici, vient d’ailleurs de remettre à François Bayrou un rapport recommandant d’associer les retraités à l’effort général, témoignage d’une volonté partagée de revoir les paramètres du système.
Amélie de Montchalin, au gouvernement, pose la ligne : « La contribution doit dépendre des moyens, pas de l’âge. » Dans un environnement marqué par l’inflation, l’ajustement de l’indexation devient un outil budgétaire autant qu’un signal politique. Les décisions à venir devront donc arbitrer entre les contraintes financières, la pression des syndicats et la dynamique de réforme des retraites. La question ne porte plus sur la possibilité d’un ajustement, mais sur ses modalités et ses conséquences concrètes pour chaque génération.
Inflation, pouvoir d’achat et retraites : ce que l’indexation change concrètement pour les retraités
Depuis la fin des années 1980, les pensions du régime général sont revues chaque année en fonction de l’inflation, non des salaires. Ce choix structurel détermine la revalorisation annuelle des retraites, avec pour ambition de préserver le pouvoir d’achat face à la hausse des prix. Mais ce mécanisme possède ses failles.
Lorsque les salaires progressent rapidement, l’écart avec les pensions se creuse. L’indexation sur les prix évite aux retraités de perdre trop vite en niveau de vie, mais elle ne garantit pas que le taux de remplacement, ce pourcentage entre pension et dernier salaire, reste stable. Conséquence : le niveau de vie des retraités, comparé à celui des actifs, baisse progressivement, surtout quand les rémunérations augmentent plus vite que les prix.
Limiter la hausse des pensions, comme envisagé pour réduire la dépense publique, concernerait tous les retraités, indépendamment de leurs ressources. Plusieurs experts alertent sur le risque d’aggraver les écarts, en particulier pour les personnes aux revenus modestes. Certains suggèrent une modulation via la CSG, afin de mieux protéger ceux qui frôlent le seuil de pauvreté.
En 2024, les efforts pour compenser l’inflation ont alourdi la facture publique de 20 milliards d’euros. Si le régime complémentaire Agirc-Arrco applique une indexation sur les salaires, en tenant compte de l’évolution démographique, le débat reste ouvert sur le juste équilibre entre solidarité entre générations et viabilité du système.
2026 en ligne de mire : quelles évolutions législatives et quelles positions politiques à surveiller ?
Les arbitrages du budget 2026 s’annoncent particulièrement serrés. Face à l’objectif d’économies, les retraités se retrouvent au centre des discussions. Plusieurs scénarios circulent : certains reviennent régulièrement, d’autres surprennent par leur nouveauté. La limitation de l’indexation des pensions, évoquée ouvertement par Bercy, offrirait près de 3 milliards d’euros d’économies dès l’an prochain. À cela s’ajoute la possible suppression de l’abattement fiscal de 10 %, qui rapporterait 4,5 milliards d’euros de recettes supplémentaires.
Les positions politiques se tendent sur cette question. Marine Le Pen et Emmanuel Macron affichent chacun leur volonté d’aligner les pensions sur l’inflation. La première prône le maintien de l’âge légal à 62 ans, voire 60 sous conditions, et propose d’augmenter l’ASPA à 1 000 euros. Le second mise sur le minimum contributif fixé à 1 100 euros pour une carrière complète et souhaite reculer l’âge de départ à 65 ans.
Dans le même temps, Bruno Le Maire plaide pour une adaptation du système de revalorisation automatique à la réalité d’une inflation plus forte. Pour l’instant, la loi de finances 2026 maintient l’abattement de 10 %, et la CDHR s’applique toujours aux hauts revenus. Les dispositifs comme le bouclier tarifaire ou la ristourne à la pompe sont maintenus pour soutenir le pouvoir d’achat, mais leur avenir suscite de nombreuses interrogations.
Plusieurs mesures principales cristallisent le débat :
- Sous-indexation : économie immédiate, mais impact sur le niveau de vie.
- Fiscalité des pensions : abattement en suspens, débat sur l’équité.
- Âge de départ : fracture politique persistante.
À l’approche de la présentation du projet de loi de finances, les discussions s’intensifient. Les choix à opérer dépendront de l’équilibre politique et de la capacité à maintenir une cohésion autour du système de retraite.
Anticiper les changements : comment la Cour des comptes et les experts évaluent les scénarios à venir
La Cour des comptes, enchaînant les rapports, affine ses calculs pour évaluer l’impact de la revalorisation des retraites sur les finances publiques. En 2024, la hausse des pensions a coûté 20 milliards d’euros supplémentaires, un poids qui pèse lourd dans la quête d’économies. Pierre Moscovici, à la tête de l’institution, recommande une participation plus importante des retraités à l’effort national, envisageant une limitation partielle de l’indexation.
Autour de la table, experts de think tanks comme Terra Nova et statisticiens de l’INSEE élaborent différents scénarios. Ils croisent taux de remplacement, inflation et niveau de vie pour mesurer l’impact des réformes. Certains défendent une modulation de l’indexation pour protéger les retraités les plus exposés, d’autres insistent sur la nécessité d’un geste fort pour garantir la pérennité du système.
Le rapport transmis à François Bayrou nourrit la réflexion collective, la question du partage de l’effort reste vive. Les projections prennent désormais en compte des paramètres plus fins, comme le vieillissement de la population ou les dépenses spécifiques liées à l’âge. À la veille des arbitrages budgétaires, l’avenir de l’indexation des pensions devient le reflet des choix de société qui s’annoncent. Un virage, peut-être, dont les conséquences façonneront la vie des retraités pour longtemps.


