Les retraités canadiens qui disposent de revenus modestes et touchent la pension de la Sécurité de la vieillesse (SV) peuvent demander le Supplément de revenu garanti (SRG), une prestation mensuelle non imposable. Le hic, c’est que la mécanique de ce régime pénalise souvent les détenteurs de REER au moment de la retraite : chaque dollar retiré d’un REER vient grignoter les prestations du SRG, parfois jusqu’à tout effacer.
Alors, si vous avez patiemment alimenté votre REER au fil des ans et que vous vous retrouvez maintenant admissible au SRG, quelles sont vos marges de manœuvre ?
Pour y voir plus clair : un exemple concret
Imaginons le cas d’une personne célibataire de 60 ans, disposant de 75 000 $ dans son REER. En dehors de ce REER, ses seules ressources à la retraite seront la rente du Régime de rentes du Québec (RRQ) (déjà 8 000 $ par an), la pension de la SV et le SRG. On projette qu’elle pourra retirer 4 000 $ annuellement de son REER jusqu’à la fin de sa vie. À 65 ans, son revenu annuel ressemblerait à ceci (en dollars 2019) :
RRQ : 8 000 $
PSV : 7 217 $
REER : 4 000 $
SRG : 3 110 $
Total : 22 327 $ (dont 19 217 $ imposables)
Pour une personne seule, la prestation maximale du SRG atteint 10 780 $ (données du deuxième trimestre 2019), mais elle se réduit en fonction des autres revenus (hors POSA et quelques exceptions). Pour conserver un SRG total ou partiel, le revenu de l’intéressé ne doit pas dépasser 18 240 $.
Dans cet exemple, chaque dollar retiré du REER entraîne une baisse de 50 cents du SRG. Le jeu n’en vaut pas toujours la chandelle.
Passons en revue trois stratégies pour limiter l’impact de ces retraits sur le SRG.
Accélérer les retraits du REER avant 65 ans
À 60 ans, il est possible de vider son REER plus rapidement, avant d’atteindre 65 ans. Bien sûr, cela implique de payer de l’impôt. Pour quelqu’un avec un profil de revenu similaire à celui de l’exemple, il est probable qu’avant ce décaissement accéléré, il n’y avait pas d’impôt à payer lors de la déclaration annuelle.
Supposons un taux d’imposition de 27,5 % sur les retraits de REER. Le retrait total de 75 000 $ sur 5 ans se traduit par 20 625 $ d’impôt, laissant 54 375 $ disponibles. Mais ce n’est pas parce qu’on retire du REER qu’il faut tout dépenser ! Mieux vaut placer cette somme dans un CELI. Résultat : la personne pourra retirer environ 2 900 $ par an de son CELI par la suite.
Après 65 ans, la composition de son revenu annuel pourrait ressembler à ceci (toujours en dollars 2019) :
RRQ : 8 000 $
PSV : 7 217 $
CELI : 2 900 $
SRG : 5 110 $
Total : 23 227 $ (dont 15 217 $ imposables)
Cette approche, malgré une facture fiscale plus lourde à court terme, permet d’augmenter le revenu global de 900 $ par an avant impôt.
Différer les prestations gouvernementales
Si la personne a déjà fêté ses 65 ans, quelles options restent sur la table ? Une solution consiste à repousser le moment où l’on commence à toucher la PSV et le SRG. Le report du début du versement de la PSV peut aller jusqu’à 5 ans, avec une bonification de 0,6 % par mois de report, soit 7,2 % par an. Sur 5 ans, la PSV grimpe ainsi de 36 %.
Attention : il n’est pas possible de recevoir le SRG tant que la PSV n’est pas encaissée, et la bonification ne s’applique qu’à la PSV, pas au SRG. Pendant cette période, il est envisageable de décaisser rapidement le REER, puis de profiter d’une PSV majorée par la suite.
Retirer l’intégralité du REER après 65 ans
Si la personne est déjà bénéficiaire de la PSV et du SRG, elle peut craindre que chaque retrait de REER vienne réduire son SRG. Pourtant, il existe une brèche à exploiter.
Le calcul des prestations du SRG est ajusté chaque mois de juillet, en fonction des revenus déclarés l’année précédente. Par exemple, pour les paiements de juillet 2019 à juin 2020, ce sont les revenus de 2018 qui servent de référence. Si la personne retire tout son REER en décembre 2018, elle paiera de l’impôt sur ce montant en 2018 et son SRG de juillet 2019 à juin 2020 sera réduit à zéro.
Mais Service Canada précise : « Communiquez avec nous… si votre revenu annuel… a diminué en raison de la retraite ou de la réduction d’un revenu de pension (dans ce cas, nous pouvons calculer vos prestations du Supplément en fonction d’une estimation de votre revenu pour l’année en cours plutôt que sur votre revenu de l’année précédente). »
En clair, une personne ayant retiré l’intégralité de son REER peut demander à ce que le calcul du SRG tienne compte non pas du revenu de l’année précédente, mais d’une estimation de ses revenus pour l’année en cours. Seule condition : le retrait doit provenir d’un FERR, pas d’un REER. Il faudra donc avoir converti son REER en FERR avant d’effectuer le retrait. Voici comment les périodes de revenus influencent le SRG :
| Période considérée | Cela aura une incidence sur les prestations du SRG payables |
| Revenu réel 2017 | Juillet 2018 à juin 2019 |
| Revenus estimés 2019 | Juillet 2019 à juin 2020 |
| Revenu réel 2019 | Juillet 2020 à juin 2021 |
Source : ConFor Financials Inc.
Opter pour un SRG basé sur un revenu estimé n’est pas dénué de risque : celui ou celle qui le demande doit s’assurer que ses revenus effectifs ne dépasseront pas l’estimation. Sinon, il faudra rembourser les prestations du SRG trop perçues.
Pour finir
Plusieurs stratégies de planification restent accessibles même lorsqu’on n’a pas optimisé ses cotisations au REER, mais il ne faut pas perdre de vue cet élément : ce n’est pas parce qu’on retire un REER qu’on a les moyens de tout dépenser. Si cette opération donne l’illusion d’une aisance nouvelle et conduit à augmenter son train de vie, le bénéfice réel s’évapore aussi vite qu’un chèque encaissé.

